Serge Laget

 

 

Qui est-ce ?

Date de naissance       13 février 1959
Lieu de naissance

Oloron-Sainte-Marie (64)

Lieu de résidence Velleron
Formation Ecole normal + IUFM

Profession 

Conseiller pédagogique

 Ses jeux

Le Gang des Tractions-Avant (1985), Mystère à l'Abbaye (1996)

Castel (2000), Mare Nostrum (2001), Les Chevaliers de la

Table Ronde (2005), Mare Nostrum - ext mythologique (2005),

Du Balai! (2006), Kheops (2008), La Compagnie de Merlin (2008),

Senji (2008), Ad Astra (2010), Mystery Express (2010),

Mundus Novus (2011), Cargo Noir (2012),

Shadows over Camelot, le jeu de cartes (2012)


 

 Jeu primé au Concours

de Boulogne-Billancourt

Le Gang des Tractions-Avant (1984, Pion d'or)

Camelot/Castel (2000, Dé d'argent)

Mare Nostrum (2001, Sim d'or)

Du Balai ! (2004; primé)

Site officiel

 

Au bonheur de la collaboration

 

Serge Laget est un auteur "semi-professionnel" de jeux de société. "Semi" car il est avant tout conseiller pédagogique dans le Vaucluse. "Professionnel" car il est l'auteur de quelques pépites du monde ludique : Le Gang des Tractions-Avant, Mare Nostrum et Les Chevaliers de la Table Ronde entre autres.

Top Départ

Dans la vie, certains ont des problèmes d'embrayage, d'autres partent sur les chapeaux de roue. Pour sa première incursion "pro", Serge Laget, en collaboration avec Alain Munoz, démarre en trombe avec Le Gang des Tractions-Avant ! Ce jeu devenu mythique remporte en 1984 le Pion d'or Jeux et Stratégie organisé en partenariat avec le Concours international de créateurs de jeux de société de Boulogne-Billancourt. Édité dans la foulée par International Team, l'historique Gang des Tractions-Avant lance la carrière de l'auteur. Serge Laget commence donc son épopée en créant un monument, rien de moins que ça !

Comme tout un chacun, Serge est passé par la case enfance. Il découvre le monde à Oloron-Sainte-Marie, un jour de février 1959. De son enfance, il garde des souvenirs ludiques attendris : "mon premier souvenir de jeux de société ? C'était un jeu sur les colleurs d'affiches (ça c'est un thème qui déchire!) dont je ne me souviens plus le nom exact mais sur lequel j'ai passé de nombreuses heures de mon enfance... Vif succès aussi pour ce bon vieux Long Cours et son ineffable vaisseau pirate qui donnait la victoire a celui qui parvenait à l'acheter en dernier quand il ne restait plus de carte tempête pour le couler...".

C'est aussi l'époque des premières découvertes créatives. A 10 ans, avec un copain, ils inventent un jeu pour revivre les guerres puniques Rome contre Carthage à l'âge ou d'autres ne jurent que par les Pokemon... C'était un sacré jeu avec plein de figurines, notamment des unités montées avec éléphant qui étaient redoutables! Le jeune Serge a grandi avec l'idée qu'un jour il ferait un "vrai" jeu commercialisé avec lequel tout le monde pourrait s'éclater...

Un homme Normale

En grandissant, Serge n'oublie pas de se former de manière brillante en réussissant l’École normale avant de passer par les IUFM. En parallèle de ses études, il joue frénétiquement à Dune. Ces multiples parties le poussent irrémédiablement vers la création. "Pour moi, [la création] est venue en inventant de nombreuses extensions et variantes à un excellentissime jeu d'Avalon Hill: Dune. J'ai tellement passé de temps sur ce jeu qu'un jour j'ai eu envie de créer le mien pour faire comme je voulais de A à Z! Il y avait aussi les encarts de Jeux & Stratégie  qui étaient de véritable mines pour s'exercer à créer des variantes." confie-t-il.

Nous savons à présent que Dune + Jeux et Stratégies = Le Gang des Tractions-Avant. Après son premier succès, Serge Laget s'accorde une pause créative. Pendant dix ans, il s’attelle à bien remplir le cerveau de jolies têtes blondes. Puis, après avoir peaufiné son deuxième coup d'éclat, il signe avec Bruno Faidutti  : Meurtre à l'Abbaye (1996) qui prendra par la suite un nom plus policé : Mystère à l'Abbaye.

A l'évocation de ce jeu, l'auteur livre le constat suivant : "c'est assez surprenant de constater que le buzz fait autour des jeux ne se traduit pas forcément par un impact sur la courbe des ventes. Nous ne sommes pas loin des 100 000 exemplaires avec Mystère à l'Abbaye alors que c'est un jeu dont on n'a jamais vraiment parlé et qui a fait son petit bonhomme de chemin grâce au bouche à oreille..."

L'efficacité avant tout

Ces deux premiers jeux, en plus de dix ans de création, en disent long sur Serge Laget l'auteur de jeux. Comparativement à d'autres, il crée peu.  Avec quinze jeux en presque trente ans de carrière ludique, il ne peut pas être considéré comme un auteur prolifique. En revanche, il rate rarement le coche et efficacité rime souvent avec Laget.

Cet auteur qui préfère les "gros" jeux avec des thèmes immersifs a, selon ses dires, un peu une étiquette de "spécialiste" du jeu de déduction. En créant de nouveau jeu, Serge Laget essaye avant tout de "créer des jeux où les les joueurs oublient qui ils sont le temps d'une partie... J'adore par exemple les commentaires interminables d'après partie où chacun refait la partie à son avantage " dit-il.

Cet amour de la création débouche sur une liste impressionnante de jeux ayant rencontrés un succès critique et/ou public : Castel (2000), Mare Nostrum (2001), Les Chevaliers de la Table Ronde (2005), Du Balai ! (2006), Senji (2008), Ad Astra (2010), Mundus Novus (2011), Cargo Noir (2012), Shadows over Camelot, le jeu de cartes (2012).

Même si les collaborations imprègnent la carrière de l'auteur, son chouchou est l'un de ses seuls jeux réalisé en solo : Mare Nostrum. Selon les propres termes de l'auteur, ce jeu est celui qui lui a permis " de réaliser son rêve de gamin." Mare Nostrum, vainqueur du Concours de Boulogne-Billancourt en 2001, tient une place particulière dans son cœur. Ce jeu aura d'ailleurs l'opportunité de vivre bientôt une seconde jeunesse avec une nouvelle édition à paraître chez Asyncron.

"C'est de notoriété publique : je n'aime que les Bruno's !!!" - Serge Laget

Serge Laget est un auteur particulièrement coopératif et fidèle dans ses relations à deux : cinq jeux avec Bruno Faidutti (Mystère à l'Abbaye, Castel , Kheops, Ad Astra) , six jeux et extensions avec Bruno Cathala (Les Chevaliers de la Table Ronde, Du Balai !, Senji, La Compagnie de Merlin, Mundus Novus, Shadows over Camelot le jeu de cartes). Ces remarquables collaborations ont dépassé le seul cadre du jeu. L'auteur les qualifie avec émotion de "belles rencontres".

Dans son discours, deux jeux sortent du lot pour des raisons diamétralement opposées. Ad Astra sonne comme un rendez-vous manqué avec le public. La qualité du jeu n'est pas remise en cause mais le timing et la profusion de jeux ont perturbé sa marche vers le succès. La vision de Serge Laget sur ce jeu et sur la concurrence rejoint celle de plusieurs auteurs français : la profusion de jeux qui nuit à la visibilité de chaque titre en particulier.

Il l'exprime ainsi : " il y a certains jeux pour lesquels j'éprouve une immense frustration car je m'y suis beaucoup investi. J'ai parfois le sentiment qu'ils ne sont pas arrivés dans un contexte favorable et n'ont pas eu la chance de rencontrer leur public... mais ce n'est sans doute qu'une vanité d'auteur et ils n'ont peut-être tout simplement pas plu au public! Ad Astra est pour moi l'exemple le plus flagrant de ce cas de figure et j'espère vraiment qu'il aura un jour l'opportunité de revenir sur la scène ludique. J'ai déjà envisagé quelques améliorations et nous avons travaillé sur une extension possible avec Bruno [Faidutti]."

Le Chevalier de la Table Ronde

A l'opposé, Les Chevaliers de la Table Ronde a rencontré son public. Le jeu a brillamment réussi sa quête du Graal avec plus de 100 000 acheteurs des aventures d'Arthur et consorts. Serge Laget exprime avec retenu ce que beaucoup clament bien haut : la place centrale de ce jeu dans le genre coopératif : "c'est aussi j'espère un jeu qui a compté et qui a contribué à donner le goût des jeux de coopération aux adultes."

Ces dernières années, Serge Laget a adopté un rythme plus soutenu. Un tiers du total de ses création ont vu le jour depuis 2010. Et il ne compte pas s'arrêter là ! Des collaborations entrent bien évidemment dans ses plans futurs. Avec "Ses Bruno's" bien sûr mais pourquoi pas avec d'autres auteurs qui pourraient ainsi apprécier la création à la sauce Laget. De son point de vue, à son tableau de chasse de collaborateurs désirés figure un auteur peu connu mais qu'il apprécie fort : Jens-Peter Schliemann, le créateur de Château Roquefort ou Fire and Ice.

"Étonnamment", il ne rechignerait pas non plus à travailler avec Richard Garfield, le papa de Magic The Gathering. Cet auteur est une véritable icône parmi les auteurs actuels et Serge ne déroge pas à la règle. Il considère Magic comme le meilleur jeu qui soit. "C'est juste génial; j'ai passé un nombre incalculable d'heures à jouer et au moins autant à imaginer des decks invincibles!" avoue-t-il avec passion.

Garfield ou pas, en collaboration ou en solo, Serge Laget n'a, pour notre plus grand bonheur, pas fini d'épater les joueurs de tout horizon.

 

 

Dixit

 

 

Serge Laget a un regard très attentif sur l'évolution du monde du jeu de société et sur la société en général.



J'ai commencé en 81 avec le Gang des Tractions-Avant et il y a donc plus de trente ans que je traine mes guêtres dans le milieu du jeu... mais rassurez-vous je ne vais pas faire mon vieux con qui pleure sur le temps passé!

Le milieu du jeu a terriblement évolué en trente ans. A bien des égards, cette mutation a apporté de nombreuses choses positives et en particulier la qualité esthétique des jeux a énormément progressé (avant on pouvait sortir un jeu comme Organised Crime avec un plateau bleu ciel, rose pale et noir, sans aucune illustration... aujourd'hui un éditeur ferait ça, il se ferait purement et simplement roulé dans la boue). Le jeu s'est également “démocratisé” dans le sens où l'on trouve des jeux pas chers, pour tout public et qui sont intéressants (les jeux de Coktail Games en sont un excellent exemple).

Alors qu'est-ce qui ne va pas? C'est sans doute cette foison permanente de sorties qui donne le sentiment au joueur qu'il ne peut plus suivre et qu'il est sans cesse largué par rapport aux dernières nouveautés. Ce n'est pas un mal, me direz-vous, chacun est libre d'acheter et de jouer à ce qu'il veut? Oui mais c'est embêtant car cet état de fait a un impact sur la façon de faire des jeux. Aujourd'hui si un jeu ne fait pas parler de lui au cours des trois premiers mois de sa sortie (et encore je suis large...), il est mort. Plus personne n'en parlera et il passera aux oubliettes. Quand on voit le nombre de nouveautés chaque mois, on se dit que forcément il y en a dont on ne va pas parler. Accessoirement, ça pénalise aussi les jeux un peu “moins” facile d'accès qui nécessitent plusieurs parties pour en découvrir les ficelles et l'intérêt.

Ce qui me gène le plus dans tout ça, c'est qu'aujourd'hui je fais le même constat dans ma passion que dans la vie: nos choix sont déterminés par une économie de marché qui suit ses propres règles et ses propres évolutions et personne ne semble vraiment capable de la contrôler... Auteurs, éditeurs, joueurs, tout le monde se plaint de cette boulimie effrénée de nouveautés mais personne ne peut vraiment en casser le rythme sous peine d'être oublié et de disparaître.


De même, le capitalisme d'investisseurs suit ses propres logiques; il délocalise et déplace de l'emploi au gré des fluctuations des profits et personne ne semble en mesure de le contrôler. Chaque fois qu'un chef d'état s'y essaye, la “punition” est toujours la même, les actionnaires menacent de retirer leurs capitaux du pays et la danse continue...
Peut-être a-t-on oublié une simple chose: les richesses crées doivent être mises au service de l'homme, pas l'inverse...

                                                                                                            Serge Laget